amevreux.fr

9 décembre 2010

La Zakat, Nissab de l’an 1432/2010

Classé dans : Non classé — admin @ 23 h 16 min

Au Nom de Dieu Le Clément Le Tout Miséricordieux

A l’occasion de la nouvelle année hégirienne 1432, Dar el Fatwa tient à exprimer ses meilleurs vœux aux musulmans de France, d’Europe et du monde entier en souhaitant que cet événement soit accompagné de bonheur et de bénédiction pour notre communauté. Puisse Dieu nous accorder la joie, la paix et la sécurité.

La Zakat, qui constitue le sujet de notre propos ici, est un des cinq piliers fondamentaux de l’Islam, il s’agit d’un devoir qui incombe à tout musulman qui, remplissant les conditions requises, devra verser le montant dû à ceux qui ont le droit d’en bénéficier. Le Saint Coran mentionne à plusieurs reprises la Zakat à travers ses versets parmi lesquels : (Ceux qui ont la foi, qui ont fait de bonnes œuvres, qui ont accompli la Salat et se sont acquittés de la Zakat, auront certes leur récompense auprès de leur Seigneur et ne seront point affligés.) S2, v 277
 
La Tradition Prophétique de notre noble messager paix et salut soient sur lui, regorge également de Textes en faisant mention. Al Boukhari et Mouslim rapportent selon ‘Abd Allah Ibn ‘Omar qui dit : « J’ai entendu le Messager d’Allah dire : L’Islam est construit sur cinq (fondations, piliers) : l’attestation qu’il n’y a de Dieu que Dieu et que Mohammed et son messager, l’accomplissement de la prière, l’acquittement de la Zakat, le jeûne du Ramadan, et le pèlerinage de la Maison Sainte. »

La Zakat fut prescrite à des fins d’une infinie sagesse, il s’agit pour le croyant aisé d’avoir une vision différente et particulière de ses biens, il doit en effet les considérer comme une amanah, un dépôt, que Dieu lui a confié, il doit strictement en observer les droits et les utiliser dans les limites de ce qui satisfait Dieu Le Très Haut.

Le Tout Puissant exhorte les croyants à dépenser de leur biens dans le but de subvenir aux besoins des pauvres et des nécessiteux : (Quiconque prête à Allah un bon prêt, Il le lui rendra multiplié maintes fois. Allah restreint et étend Ses faveurs, et c’est vers Lui que vous retournerez.) s2, v 245.
 
Cette aumône légale de l’Islam représente l’un des premiers systèmes de solidarité sociale qu’ait connu l’humanité (son instauration remontant au septième siècle), son dessein n’est autre que de concrétiser et de renforcer la protection et la cohésion sociale entre les individus de la société puisqu’il est veillé à ce qu’une partie des richesses soient redistribuée aux classes sociales les plus défavorisées.
 
Il s’agit aussi, d’une purification du patrimoine du contribuable et de sa propre personne étant donné qu’il va à l’encontre de son égoïsme, de sa cupidité, de sa jalousie et qu’il s’impose d’accorder de l’importance à la souffrance d’autrui. Il ne faut pas oublier qu’elle protège et apaise aussi la personne nécessiteuse de sa jalousie, de sa frustration de ne pas « posséder » et de la rancœur qu’elle pourrait éprouver à l’égard des gens aisés. Ainsi la cohésion sociale, la solidarité des individus, la victoire contre la misère et tous les problèmes socio-économiques, puis éthiques qui s’en suivent sont tous autant d’objectifs visés par l’acquittement de la Zakat lorsque la gestion de l’impôt collecté est appliquée et réussie.

 
Les juristes ont autorisé le versement de la Zakat avant l’échéance reconnue et expliquée ci-dessous. Cependant, il n’est pas convenable d’en retarder l’acquittement au-delà de l’échéance. Passé ce délai, elle devient une créance qui incombe au croyant le prophète de Dieu que la paix et le salut soient sur lui a dit : « Le retard du riche (à verser les droits) est injustice… » .

Cette aumône purificatrice est obligatoire à deux conditions : atteindre le nissab et observer l’écoulement du hawl (année hégirienne).

Concernant le nissab, il s’agit du montant de biens qu’il faut posséder fixé par la législation islamique, en dessous duquel la Zakat n’incombe pas au croyant. Cette somme est variable selon le type de bien. Quand à l’écoulement du hawl, il n’est autre que le passage complet de l’année hégirienne (composée de mois lunaires) durant laquelle la valeur du bien n’a pas baissé par rapport au minimum imposable (nissab).

La législation islamique a déterminé le nissab à la valeur équivalente de 85 grammes d’or. Par conséquent Dar El Fatwa déclare le nissab à 2477 euros au premier Muharram 1432, seuil calculé sur la base de la valeur annuelle moyenne [1]. de l’or tout au long de l’année hégirienne 1431.
 
Le choix d’opérer un calcul sur la valeur annuelle moyenne de l’or et non sur sa valeur en fin d’année s’explique par le fait que l’acquisition du nissab n’a pas lieu au même moment de l’année pour tous, or l’échéance à laquelle incombe le versement de la zakat dépend de ce moment d’acquisition du nissab qui varie selon chaque contribuable. Il est par conséquent plus judicieux de recourir à la moyenne. Ce choix s’est également édifié par souci d’équité envers les personnes dans le besoin, le cours de l’or ayant augmenté de près 30% durant l’année.

 
Nous implorons Allah Le Tout Puissant d’accepter nos bonnes œuvres et de nous couvrir de sa Miséricorde. Le Très Haut dit : (Et Ma Miséricorde a embrassé toute chose. Je la prescrirai à ceux qui me craignent, acquittent la Zakat et ont foi en Nos signes.) s7, v156

Paris, 1 de Muharram 1432 Le 07/12 /2010

Union des Organisations Islamiques de France Dar El Fatwa 

 Notes
[1] selon la cotation de la Banque de France

9 novembre 2010

Les secrets du Pèlerinage

Classé dans : Non classé — admin @ 0 h 34 min

Le Pèlerinage constitue le cinquième pilier de l’islam. Dieu dit : « Et c’est un devoir envers Allah pour les gens qui en ont les moyens, d’aller faire le Pèlerinage. Et quiconque ne croit pas … Allah se passe largement des mondes » (Coran s 3 v 97)

« Et quiconque ne croit pas » veut dire : Et quiconque se détourne du Pèlerinage. Pour mettre en évidence l’extrême importance ce pilier fondamental de l’islam, Dieu a utilisé le terme de l’incroyance pour exprimer le refus de l’observer. Dieu met ainsi en garde quiconque n’éprouvant pas un désir ardent d’accomplir le Pèlerinage et ne songe pas à se rendre à la mosquée sainte de la Mecque pour s’en acquitter. Dieu a instauré le Pèlerinage pour des finalités sublimes. Il l’a instauré pour que le musulman puisse exprimer et concrétiser le sens des enseignements, des valeurs et des principes auxquels appelle l’islam. Quiconque médite le Pèlerinage, réalise qu’il renferme de nombreux secrets, à savoir :
 
1- L’expression du sens de la soumission et de la résignation à la volonté de Dieu : En effet, l’islam est venu pour réaliser une manifestation complète de l’adoration de Dieu. Dieu ordonne et prescrit, et au serviteur de dire : j’écoute et j’obéis. Dieu a ainsi ordonné au musulman de se rendre à un lieur particulier pour y accomplir un certain nombre de rites purement cultuels, inintelligibles d’une manière précise et détaillée. Il lui a ordonné d’exécuter sept tours autour de la Kaaba, ni plus ni moins, en commençant par la pierre noire et par nulle part ailleurs.
 
Auparavant, Il lui a ordonné de se mettre en état de sacralisation ; un état qui manifeste le renoncement aux passions et aux désirs de l’égo. Dieu a prescrit la lapidation des stèles ; un rite qui représente la résistance au mal, en mémoire d’Abraham qui jeta des pierres à Satan lorsque celui-ci tenta de le dissuader d’immoler son fils Isma’il. Le Pèlerinage est plein de ce genre de symbole. En accomplissant ces rites, le musulman exprime le sens de sa servitude à Dieu. C’est pour cette raison qu’il répète cette formule : labbaykal-lahoumma labbayk ; Seigneur Dieu, je réponds à ton appel.
 
2- La concrétisation de l’unité et de la concorde : Le Pèlerinage inculque aux musulmans le sens de l’union. La Kaaba est en soi le symbole de l’unicité de Dieu et de l’unité de la communauté musulmane. D’ailleurs, l’islam est fondé sur la parole de l’unicité et sur l’unicité de la parole, ce qui se manifeste d’une manière évidente lors du Pèlerinage. En effet, pendant le Pèlerinage le sens de l’unité se manifeste d’une manière évidente ; l’unité des sentiments, l’unité des rites, l’unité de l’objectif, l’unité des actions, l’unité des paroles ; point de nationalisme, ni de racisme, point de préférence d’ordre ethnique ou sociale. Les pèlerins sont tous des musulmans, croyant au même Dieu, tournant autour du même édifice, lisant le même livre, suivant le même Prophète (BDSL), exécutant les mêmes gestes … Telle est l’unité prônée par le Pèlerinage.
 
3- La manifestation de la paix : Le Pèlerinage est un moyen exceptionnel pour inculquer au musulman le sens de la paix et du salut. Le Pèlerinage est un moyen d’enraciner l’esprit de la paix. C’est un voyage de paix vers une terre de paix en temps de paix. Le lieu du Pèlerinage accueille en effet la terre sainte et la mosquée sainte, un lieu choisi par Dieu pour être une source de salut et de paix, d’ailleurs, quiconque y entre est en totale sécurité . ‘Omar ibn al-Khattab dit : « Si j’y trouvais l’assassin de mon père, ma main ne pourrait le toucher ». Le Pèlerinage est donc un voyage de paix dans lequel le pèlerin est un salut pour les autres. C’est dans cet esprit que toute polémique est interdite pendant le Pèlerinage. Dieu dit : « Le Pèlerinage a lieu dans des mois connus. Si l’on se décide de l’accomplir, alors point de rapport sexuel, point de perversité, point de dispute pendant le Pèlerinage » (Coran s 2 v 197).
 
Il est ainsi interdit à tout pèlerin de se disputer, de polémiquer y compris pour accomplir des achats. Le pèlerin se doit d’être doux, indulgent, plein de mansuétude, pour que ce voyage s’effectue en paix. La paix qu’apporte le Pèlerinage s’étend aux animaux. En effet, il est interdit au pèlerin de chasser. Le Pèlerinage est également un salut pour les végétations puisque les plantations de la Mecque ne peuvent être arrachées. C’est ainsi que l’islam vise à ce que le musulman s’exerce à vivre en paix. Il vise à l’imprégner de l’esprit de la paix pour qu’à son retour, il soit un salut pour le monde.
 
4- La réalisation de l’égalité : L’islam est venu éradiquer les différents facteurs de distinction d’ordre ethnique ou sociale qui ont divisé les êtres humains, et déclarer que tous les hommes sont égaux à l’instar des dents du peigne. D’ailleurs tous les actes d’adoration de l’islam sont une illustration du sens de cette égalité complète entre les gens. La salat, par exemple, est une invitation à l’égalité, une réalisation de l’égalité. Il ne peut exister dans la mosquée un protocole réservant les premiers rangs en fonction du rang social. Le premier arrivé à une place en est le plus digne. Dans la salat le plus riche se met à côté du plus pauvre, le blanc à côté du noir, le gouvernant à côté du gouverné. Tous posent le front au sol pendant la prosternation en signe d’humilité devant le Seigneur de l’univers.
 
Cependant, il demeure à la mosquée un facteur de distinction, à savoir, la tenue vestimentaire. En effet, les gens portent des vêtements qui reflètent leur classe sociale. Par contre, au Pèlerinage, tous se débarrassent de tous ces vêtements pour enfiler un vêtement, un tissu blanc et simple rappelant le linceul, pour rappeler au passage l’au-delà. Au Pèlerinage, tous les pèlerins sont vêtus de ce vêtement éradiquant ainsi tout facteur de distinction entre riche et pauvre. L’égalité est complète. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que c’est pendant le Pèlerinage, le jour de ‘Arafa que le Prophète (BDSL) s’adressa aux pèlerins et déclara : « Ô hommes ! Votre Seigneur est Un, et votre père est un. Nul préférence n’est accordée à l’arabe par rapport au non arabe, ni au non arabe par rapport à l’arabe, ni au noir par rapport au rouge, ni au rouge par rapport au noir, qu’en fonction de la piété »

 
Voici quelques finalités que le Pèlerinage vis à réaliser. Tout musulman se doit d’en être conscient pour l’accomplir en respectant à la fois la forme et l’esprit.

Moncef ZENATI

2 novembre 2010

La médisance

Classé dans : Non classé — admin @ 18 h 33 min

La Louange est à Allah. Nous Le louons et implorons Son aide ainsi que Son pardon. Nous nous réfugions auprès de Lui contre le mal de nos propres âmes et contre nos mauvaises actions. Nul ne saurait égarer celui qu’Allah guide ou guider celui qu’Il a égaré. J’atteste que nulle divinité n’est digne d’être adorée en dehors d’Allah, L’Unique et sans associé et j’atteste que Mohammad est Son serviteur et Messager. Puisse Allah lui accorder, ainsi qu’à sa famille et à l’ensemble de ses compagnons, salut et abondantes bénédictions.

Ô serviteurs d’Allah ! Craignez votre Seigneur et méditez sur les enseignements du Coran et de la Sunna quant au respect des droits de l’homme. Le Prophète صلى الله عليه وسلم dit en effet lors du sermon qu’il adressa aux gens à ‘Arafât, lieu du plus grand rassemblement des musulmans : « Votre sang, vos biens et votre honneur sont sacrés comme l’est ce jour, en ce mois et en ce lieu. »

La médisance est un fléau largement répandu chez les gens d’aujourd’hui. Ainsi entreprend-t-on de parler de son frère et d’évoquer quelque aspect de sa moralité, de son caractère, de ses actes ou de son comportement qu’il répugnerait voir mis à jour. Et vous pourrez constater que le plus grand souci de ce genre d’individus est de discuter et d’exposer les défauts d’autrui dans les assemblées auxquelles ils participent. Comme s’ils avaient été mandatés afin de les diffuser et de traquer les imperfections des musulmans !! Que ces malheureux sachent donc que celui qui se comporte de la sorte vis-à-vis de son frère verra Allah agir ainsi envers lui, auquel cas Il le démasquera fut-ce au sein de sa propre demeure. Qu’ils sachent également que celui qui s’obsède à adopter une telle atttude vis-à-vis d’autrui verra Allah lui assigner une personne qui répandra ses défauts et traquera ses imperfections.

Or, s’ils s’attachaient à examiner soigneusement leurs propres personnes, ils s’apercevraient que d’entre tous, ils sont les pires en termes de défauts, de moralité et de confiance. Et quand bien même leur seule obsession consistait à employer leur langue à l’encontre des serviteurs d’Allah, cela serait suffisant. De tels individus sont assurément une source de malheur, que ce soit pour eux ou pour leurs compagnons. Pour eux, car ils conduisent leur âme au mal et à l’injustice. Pour leurs compagnons, car lorsque ceux-ci ne leur déconseillent pas cette attitude, ils deviennent leurs associés dans le péché.

Ô vous qui êtes soumis à Allah ! Votre Seigneur vous a proscrit la médisance. Craignez donc ce péché ! Craignez donc ce péché ! Craignez donc la médisance car elle équivaut à manger la chair des gens. Allah en a en effet donné l’image la plus laide qui soit en la comparant au fait de manger la chair de son frère mort. Connaissez-vous chose plus affreuse et plus abominable que l’attitude d’une personne qui s’asseirait à côté de son frère, mort, et découperait sa dépouille morceau par morceau pour ensuite le manger ? Connaissez-vous ne serait-ce qu’une personne qui soit capable de supporter cela ? [Certes non], si ce n’est celle qui médit sur autrui et à propos de qui Allah dit :

« Ne médisez pas les uns des autres. L’un de vous aimerait-il manger la chair de son frère mort ? [Assurément non], vous en auriez horreur. Et craignez Allah… »  [ 1]

Par ailleurs, certaines traditions (âthars) rapportent que le jour de la résurrection, on présentera à celui qui a médit sur son frère le cadavre de ce dernier et on lui imposera de le manger en lui disant : « Mange-le, mort, comme tu l’as mangé vivant. »

Ô vous qui êtes soumis à Allah ! La médisance est assurément quelque chose d’extrêmement grave et dangereux. Si on mélangeait la parole que l’un de vous prononçait pour mettre en évidence les défauts de son frère à l’eau de la mer, elle en changerait le goût. Craignez donc Allah, chèrs frères ; un hadith rapporte en effet que le Prophète صلى الله عليه وسلم « …passa devant des gens qui avaient des ongles en cuivre avec lesquels ils s’écorchaient le visage et la poitrine. Il dit alors : « Ô Jibril ! Qui sont ces gens ? » Et celui-ci de répondre : « Ce sont ceux qui mangeaient la chair des hommes et s’attaquaient à leur honneur. » »

(Rapporté par Abû Dâoud)

Lorsque alors on les conseille, certaines de ces personnes n’ont d’autre réponse que de dire : « Je n’ai pas menti. Je n’ai dit que la vérité à son propos ». Le Prophète صلى الله عليه وسلم a pourtant été interrogé sur la médisance alors qu’il en parlait, et il dit : « La médisance consiste en le fait d’évoquer ton frère à propos de choses qu’il détesterait [voir révélées]. Les compagnons lui dirent : « Qu’en penses-tu si ces choses avérées chez mon frère ? » Le Prophète صلى الله عليه وسلم dit : « Si ce que tu dis est avéré, alors tu as médit à son propos. Mais si ce n’est pas le cas, alors tu l’as diffamé. » Autrement dit, tu allies alors le mensonge à la médisance.

Sachant que la plupart des gens aujourd’hui parlent de leur frère au sujet de choses dont ils n’ont même pas connaissance. Au point que si on leur demandait d’attester de la véracité de leur propos, ils refuseraient de le faire. Or, nous savons qu’ils auront à répondre de cela le jour de la résurrection. Ne craindront-ils donc point Allah ? Ne savent-ils donc pas que chacun de leur propos est scrupuleusement consigné par un observateur toujours prêt à l’inscrire et qu’on leur demandera d’en rendre compte ? Je leur poserai simplement la question suivante. Apprécieraient-ils de voir les gens s’en prendre à leur honneur et médire à leur sujet ? Non, répondront-ils assurément ! Pourquoi dès lors agissent-ils ainsi à leur égard ? Ne craignent-ils pas qu’Allah les humilient ici-bas avant de les humilier dans l’au-delà ?

Ô vous qui êtes soumis à Allah ! [Sachez par ailleurs que] médire au sujet de vos frères revient à leur faire don de vos oeuvres pieuses. En effet, s’ils n’obtiennent pas réparation des préjudices qu’ils auront subis ou ne vous en lavent pas dans ce monde, ils prendront de vos bonnes actions le jour du jugement. Que vos bonnes oeuvres en viennent alors à disparaître et l’on prendra certains de leurs péchés que l’on vous fera porter, suite à quoi vous serez jetés dans le feu. Craignez donc Allah chers frères et préoccupez-vous de vos défauts avant ceux des autres ! Si toutefois une volonté sincère d’exhortation et de conseil vous anime, réformez les défauts de vos frères, mais sans les propager ni les mette à jour. Ainsi, si vous constatez chez eux une chose sujette à diffamation, rendez-vous auprès d’eux et exhortez-les en secret afin d’être du nombre des conseillers sincères et non des diffamateurs.

Ô gens ! La médisance est une chose grave et l’est d’autant plus lorsque que ses conséquences néfastes se multiplient. Ainsi, certains tombent dans ce péché vis-à-vis de deux catégories précises de personnes, à savoir : les savants et les gouvernants qui constituent les dirigeants de cette communauté. Ils s’acharnent en effet, dans [chacune de] leurs assemblées, à employer leur langue à l’encontre des savants, des prédicateurs ou encore des gouvernants qui sont au dessus des émirs. Or, la médisance de ces personnes est la plus grave en termes de péché, la plus affreuse en termes de châtiment et la plus néfaste en termes de division de la communauté.

Ô mes frères ! La médisance des dirigeants ne se limite pas à celle des personnes mais va jusqu’à s’attaquer au titre et à la responsabilité qu’ils portent. Car médire sur les savants fait tomber leur crédibilité aux yeux des gens et, du même coup, celle de leurs propos relatifs à la Loi d’Allah. Celle-ci est alors moins appliquée et on aboutit au final à une détérioration de l’image de la religion dans l’esprit des masses. Par ailleurs, ceux qui médisent sur les dirigeants ne portent pas uniquement préjudice à ces personnes. Leur tort s’étend bien au delà et s’applique sur toute la société puisqu’il porte atteinte à sa paix, à son équilibre et à son organisation. Car en les décrédibilisant aux yeux des gens, ils poussent ces derniers au soulèvement et à la rébellion de sorte qu’ils ne se plient plus ensuite à leurs ordres et à leurs interdictions. Dès lors, c’est l’anarchie qui s’installe et chacun devient son propre commandeur. Et le désordre de s’installer, et la réforme des âmes de devenir impossible puisque l’anarchie règne et qu’il n’y a aucune personnalité d’importance à la tête de la société.

Sachez également que la médisance participe des péchés majeurs et qu’il ne faut donc pas la prendre à la légère. Or, ces derniers temps ont vu la diffusion de publications qui, si elles proviennent de l’étranger, ont peut être été écrites à l’intérieur du pays, et qui véhiculent des propos injurieux et diffamatoires à l’encontre des dirigeants. Rien, des actions méritoires qu’ils entreprennent de réaliser, n’y est évoqué. Cela entre sans conteste dans le cadre de la médisance et il n’est par conséquent pas permis de les lire, de les faire circuler ou de les diffuser auprès des masses. Et il incombe à quiconque voit de telles publications de les déchirer ou de les brûler du fait de la dissension, de l’anarchie et du mal qu’elles provoquent.

Le Mufti de ce royaume, notre sheikh Abd Al ‘Azîz Ibn Bâz (qu’Allah lui accorde la réussite et Sa miséricorde dans cette vie et dans l’autre), a d’ailleurs lancé un avertissement quant à la distribution de ces publications en soulignant tout le mal qu’elles induisaient : désordre, division entre les gouvernants et le peuple, confusion…
Je me joins donc à lui ainsi qu’à tous les savants sincères en conseil quant à cet avertissement.

Une autre remarque : le Prophète صلى الله عليه وسلم n’a-t-il pas dit que la médisance consistait en le fait de parler de son frère en évoquant des choses qu’il répugnerait [voir révélées] ? Dès lors, ces dirigeants dont on a propagé de tels propos répugnent-ils ces publications ? Assurément, oui ! Par conséquent, la nature médisante de tels écrits est clairement avéré. Et sachant que la médisance participe des péchés majeurs, elle n’est pas expiée par la prière, l’aumône et le jeûne. Le Messager d’Allah nous dit en effet : « [Les périodes comprises entre] les cinq prières quotidiennes, entre deux prières du Vendredi et entre deux mois de Ramadân [consécutifs] expient les péchés tant que les péchés majeurs sont évités. » Et dans une autre version : « …si les péchés majeurs sont évités. » Autrement dit, si un péché majeur est commis entre deux prières, celles-ci ne jouent pas le rôle expiatoire qui est le leur.

Craignez donc Allah, ô vous qui êtes Ses serviteurs ! Et je vous dirai une nouvelle fois : il est illicite de faire circuler ces publications. Quiconque les distribue commet un péché et subira le châtiment qui y est attaché le jour de la résurrection. On le questionnera sur le fait d’avoir propagé les défauts des gens et de leurs gouvernants. Sachant par ailleurs que ces écrits allient la diffamation à la médisance puisqu’elles contiennent des propos sans fondement aucun.

Puisse Allah sauvegarder notre peuple et nos dirigeants du désordre et de la corruption. Puisse-t-Il attacher la ruse des malfaisants qui sèment la discorde à leur cou et anéantir le plan qu’ils ont fomenté contre ce paisible pays. Puisse-t-Il faire de nous des sources de guidée et des êtres pieux et bienfaisants. Il est certes Puissant sur toute chose.

Ô serviteurs d’Allah :

« Certes, Allah ordonne l’équité, la bienfaisance et l’assistance aux proches, et Il interdit la turpitude, le blâmable et la rébellion. Il vous exhorte afin que vous vous souveniez. Tenez vos engagements pris au nom d’Allah, et ne vous déliez pas de vos serments une fois que vous les avez prononcés de façon formelle et alors que vous avez pris Allah comme garant de votre bonne foi. Allah sait ce que vous faites. »  [ 2]

Souvenez-vous d’Allah, le Magnifique et le Majestueux, Il se rappellera de vous, et soyez Lui reconnaissants quant aux bienfaits qu’Il vous a accordés, Il vous les augmentera.

 

Auteur : cheikh Muhammad Ibn S�lih Al’Uthaymeen le 15/06/1415

 

[ 1] Sourate Les Appartements ; verset 12

[ 2] Sourate Les Abeilles ; verset 90-91.

Propulsé par WordPress